© Rudmer Zwerver
marine de farinole et sa tour dans le cap corse

[Podcast] 2 jours d’évasion dans le Cap Corse : "ici, c'est un peu l'île dans l'île"

Par Ange 11 min. de lecture
  • Slow-tourisme
  • Déconnexion
  • Aventure
  • Patrimoine naturel
  • Immersion culturelle
5/5

Aujourd'hui, je vous propose un circuit au bout de la Corse. Là où les arbres ne poussent quasiment plus, face aux embruns et aux vents méditerranéens. Nous sommes à la pointe du Cap Corse ; quasiment une presqu'île dans l'Île de Beauté. Entre petits ports de pêche, maisons d'américains, sentiers maritimes et héritage historique, il y a énormément de trésors à découvrir dans cette microrégion préservée du tourisme de masse.

Je vous invite sur cette terre sauvage en compagnie de Jérémie Lebœuf, guide accompagnateur de moyenne montagne, passionné par le pays qui l'a vu grandir. Avec lui, nous allons voir quel circuit prévoir pour passer 2 jours d’évasion authentique dans le Cap. A vous de choisir le format : en podcast (16 minutes d’écoute), ou en texte ; il vous suffit de continuer votre lecture.

Au sommaire
  • Le Cap Corse, la "péninsule bordée de 3 mers”
  • Une micro-région propice à la déconnexion
  • Un tour des plus beaux villages historiques du Cap Corse
  • De l’histoire au patrimoine culinaire cap-corsin
  • Que faire (et visiter) dans le Cap Corse en 2 jours ?
  • Question bonus : combien de temps faut-il prévoir pour un tour du Cap Corse ?
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Le Cap Corse, la "péninsule bordée de 3 mers”

Si vous ne situez pas encore notre destination du jour, le Cap se trouve au nord de Bastia, en Haute-Corse. "On dit que c'est l'île dans l'île". En réalité, c'est une péninsule qui s'étend à 40 kilomètres au-delà de Bastia, vers le golfe de Gênes. 

Le Cap est bordé de trois mers : à l'est, il y a la mer Tyrrhénienne. À l'ouest, le golfe du Lion, et un peu plus loin, la mer des Baléares. Et enfin au nord, on se trouve face à la mer Ligure. 

Dans cette terre cerclée d’eau, le voyageur est confronté à une étonnante diversité de paysages. "A l'Est", m'explique Jérémie, "les locaux surnomment le Cap “la petite Écosse”. À l'Ouest, ce sont plutôt les falaises qui rappellent un peu Majorque, tandis que l’Extrême-Nord, eh bien… C'est tout un programme".

marine de farinole et sa tour dans le cap corse © Rudmer Zwerver
Le jour se couche sur Farinole et sa tour, dans le Cap Corse.

“Le Nord du Cap, c'est le coin le plus préservé, on se sent loin de tout ; à part les quelques villages en balcon et la route, il n’y a pas beaucoup de présence humaine par ici.” Le Nord du Cap Corse est effectivement un peu à part. C'est une pointe, très sauvage, exposée aux vents 300 jours par an. Les arbres ne poussent presque plus, car le climat ne s'y prête pas.

En fait, on entre dans un territoire à la fois semi-désertique et étonnamment “vert”, grâce aux vents marins qui ramènent la rosée en soirée. 

Une micro-région propice à la déconnexion

Se déconnecter : voilà une quête que Jérémie retrouve souvent chez les voyageurs qu’il accompagne sur les sentiers du Cap. L’endroit qu’il affectionne le plus d’ailleurs, c'est ce fameux “Extrême-Nord”, la Pointe du Cap. Là-bas, tous les gens qui cheminent en sa compagnie, Corses comme Continentaux, sont d’accord pour dire qu'ils se sentent ailleurs. “Pas vraiment en Corse, d’une certaine manière”

Depuis les chemins du Cap, “on voit en permanence la mer”, me raconte le jeune guide... “Un peu comme sur le pont d'un bateau ; mais un bateau qui ferait escale près de bergeries sous roches, de moulins à vent multiséculaires, de châteaux médiévaux”.

des vaches sur la plage de barcaggio dans le cap corse © Bensliman Hassan
Des vaches paisibles sur la plage de Barcaggio.

Car contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’Histoire est partout dans le Cap Corse. Une Histoire que l’on peut traverser et vivre comme un local : dans ces lieux parfois secrets, inaccessibles, Jérémie fait vivre une expérience entre présent et passé. “Je veux faire revivre ce que vivaient les gens avant. Par exemple, quand on s'arrête dans une bergerie, je raconte de ce qu'était réellement la vie des bergers. On essaie de se fondre dans la peau des personnages”.

Un tour des plus beaux villages historiques du Cap Corse

Quand on évoque le Cap, certains noms de villages de carte postale surgissent aussitôt : Erbalunga, Nonza, Ersa, Barcaggio, Pietracorbara… 

Mais les circuits que préfère Jérémie, ce sont ceux qui gravitent autour des villages de Centuri et Rogliano, car ce sont, de ses propres mots, des villages au patrimoine historique exceptionnel. Ces communes regorgent de traces de la présence génoise, quand les vestiges ne sont pas plus anciens, comme à Centuri. Aux abords du paisible port de pêche, dans les champs, on a retrouvé par exemple les ruines d’un port grec antique.

village de rogliano dans le cap corse © Dorinmarius
Les couleurs et monuments de Rogliano, bijou du Cap.
tour de sénèque dans le cap © Andrea Pozzo di Borgo
La tour génoise de Luri et en arrière-plan, la "Tour de Sénèque".

Bien sûr, l’histoire du Cap reste d’abord rattachée à la grande seigneurie des Da Mare, une puissante famille génoise qui avait pris le contrôle de la région au Moyen-Âge. Descendant lui-même des Da Mare, le jeune guide souligne qu’au-delà de l’héritage génois, visible le long des côtes avec les fameuses “torre” et ancré dans le commerce maritime florissant de la région, on peut remonter en des temps bien plus reculés.

“Le Cap a connu des peuplements constants depuis l'âge du bronze, en passant à travers toutes les grandes civilisations comme la Grèce, Rome ou encore les Étrusques”. Tous ces trésors antiques sont néanmoins difficiles d’accès, secrets ou tout simplement à l’abri du public. “Mais l'ambiance est là. Les habitants du Néolithique vivaient par ici dans des abris sous roche. Parce que le Cap Corse possède énormément de “taffoni”, des grottes”

Cela explique notamment la présence, unique dans l’île, de peintures rupestres, visibles en plein air dans ce que l’on nomme la “Grotta Scritta”. Pour y accéder, ou au moins vous en approcher, je vous conseille vivement de faire appel à un guide local. 

L’héritage marin des maisons d’américains

L’autre aspect (bien plus récent) de l’histoire du Cap que les voyageurs recherchent, c’est la longue épopée des “corses américains” ; leurs “palazzi”, ou “maisons d’américains” inspirées des grandes villas toscanes, seraient plus de 150 sur le territoire. “En fait, on en voit un peu partout des palazzi”, sourit Jérémie. “A chaque fois qu'on est dans un village, quand je fais la randonnée de Rogliano, on en aperçoit près d’une quinzaine.”

Les palazzi et leur héritage sont peut-être les marqueurs historiques qui caractérisent le mieux le Cap. On peut voir en ces maisons de maître le reflet de la richesse régionale, produite par des siècles d’efforts de marchands et de marins. De tout temps les Cap-Corsins on témoigné d’une culture tournée vers le commerce maritime, grâce à la position stratégique de la péninsule, en plein cœur des itinéraires de navigation. 

palazzu nicrosi © Sébastien Leroy
Au loin, l'architecture typique du Palazzu Nicrosi se révèle au voyageur.

Dès le 16ème siècle, les Corses sont partis aux Amériques ; puis au 19ème siècle, après un travail acharné et ambitieux, certains d’entre eux ont repris le chemin de leur île pour y construire ces magnifiques bâtisses, preuves de leur réussite de l’autre côté du monde. “Même s’il faut reconnaître qu’une partie de ces Corses aventuriers sont certainement morts en mer”, remarque Jérémie. 

Plus que des notables, ces Américains se sont imposés dans l’histoire locale comme de véritables bienfaiteurs en créant routes, paroisses et même écoles - avec des instituteurs payés sur 15 ans. “Si on veut, ces Corses-Américains ont pris la relève des Da Mare ; d’autant que certains en étaient les descendants directs”

Et le guide de se remémorer ses propres ancêtres, émigrés à Porto Rico pour y fonder les Cafés Luri (en référence au petit village du Cap Corse). A leur retour, ces entrepreneurs insulaires ont édifié la Casa Strenna à Ersa, sur l'emplacement d'une fortification génoise datant du 16ème siècle.

De l’histoire au patrimoine culinaire cap-corsin

Il y a de la nature, de l’histoire, mais aussi une culture propre à cette terre isolée. Le guide cap-corsin s’attache donc à partager ce que l’environnement et les hommes produisent de meilleur par ici. “Je propose une randonnée qui est ouverte à tous, où non seulement on va visiter ces vestiges du passé, mais on va aussi explorer notre culture à travers le patrimoine culinaire. Mon itinéraire amène à découvrir le cédrat, les fromages, des vins et des spiritueux, tous produits par des artisans du coin. Quand on randonne avec moi, on mange, on boit. Ce serait péché que de s’en priver !”

Le cédrat, un agrume typiquement cap-corsin.

Mais qu'est ce qu'on mange - et boit - de bon dans le Cap ? Je n’ai même pas eu le temps de finir ma question que Jérémie bondit : “Il y a pour moi un produit qui surpasse tous les autres. Sans vouloir vexer personne, bien sûr. C'est le fromage”

Eh oui ; en Corse, le fromage est une institution. Tout le monde s’accorde à reconnaître ses saveurs si particulières. “C'est très simple en fait. Le goût du fromage provient de ce que mangent les bêtes. Et ici, c’est le maquis ! Il est parfait pour l'élevage caprin, il est ras, il est tout le temps vert”

Et surtout salé. 300 jours de vent par an : voilà qui garantit des embruns marins en permanence, avec à l’arrivée des fromages succulents. Fromages que l’on accompagne évidemment d’un bon verre de vin. Car dans le Cap, le vin aussi s’est taillé une belle réputation

“Il y a des cuvées, notamment sur la côte Ouest, un littoral un peu moins abrupt, qui se font vraiment au bord de l'eau, et qui prennent aussi ces embruns. Ça donne un vin très particulier, très minéral.”

Jérémie Leboeuf

A toutes ces gourmandises cap-corsines, Jérémie ajoute la confiture de cédrat. L’agrume représente en effet tout un pan de l'économie corse… Puisque la région était autrefois la première exportatrice de cédrat à l’international. 

Et quoi de mieux pour découvrir tous ces trésors du terroir que de les goûter au coucher du soleil, après une bonne marche ? “J'essaie de rendre tout ça encore plus magique ; et crois-moi, c'est un succès à chaque sortie”.

Que faire (et visiter) dans le Cap Corse en 2 jours ?

Compliqué de répondre simplement à cette question, de l’aveu même de Jérémie. Lui qui connaît si bien sa région rechigne un peu à me tracer un circuit de 48h, tant il y a de choses à découvrir et vivre par ici. Mais voilà son parcours, pas forcément dans l’ordre, avec les endroits qui méritent une halte. 

Avant d’entrer dans le détail étape par étape, sachez que si vous partez de Bastia, la porte du Cap, votre route vous fera longer Erbalunga, aborder la plage et les hameaux de la commune de Pietracorbara, comme ceux de Sisco (19 villages de la mer aux reliefs)...

Macinaggio et la tour de Santa-Maria-della-Chiappella. De Macinaggio, plus grande marine du Cap où Napoléon lui-même accosta après son exil sur l’île d’Elbe, on accède à la belle plage de Tamarone et à de multiples activités nature, de la randonnée au VTT en passant par les sorties en mer.

tour génoise de santa maria della chiappella dans le cap corse © Jon Ingall
La tour de Santa-Maria-della-Chiappella est l'une des plus belles de Corse.

Mais il y a surtout la belle Santa-Maria-della-Chiappelle : cette tour entourée par les eaux, partiellement effondrée a été construite au 16ème siècle par les habitants et les seigneurs Da Mare, afin de protéger la côte corse contre les attaques. “En plein milieu de rien, cette tour se croise sur le Sentier des Douaniers. C'est un espace totalement protégé. Il n'y a aucune construction humaine à part cette tour et la chapelle éponyme. Alors c'est un émerveillement, un paysage très photogénique”.

Rogliano, village d’histoire. On peut dire sans se tromper que la commune conserve un riche passé. En plus d’être particulièrement beau, le village compte des ruines de châteaux forts (“casteddi”), des tours, des maisons d’américains, des chapelles… Et j’en passe. Pas étonnant que Jérémie ait choisi de guider ses voyageurs à travers son patrimoine.

voiliers cap corse © Vampy1
Des voiliers flânent devant la plage de Tamarone.

Ersa et la pointe du Cap. “C'est tellement à part que ça serait bête de s'en priver”. Lorsque l’on emprunte les routes pour faire le tour du Cap, par la départementale 80, on risque de passer devant sans s’y arrêter. Quel dommage ! Faites donc un petit crochet, parce que “ça vaut vraiment le coup de faire ces 16 kilomètres de petites routes pour aller voir les deux marines, Barcaggio et Tollare”. Même si on y croise un peu de monde l’été, le reste de l’année, il n’y a que 4 habitants, “littéralement 4”

Le Sentier des Douaniers. Ce parcours de randonnée passe justement par ces villages, et au-delà, au cœur d’un espace d'une remarquable biodiversité et dont la richesse des paysages laisse sans voix. Mais attention. Jérémie conseille vivement d'éviter la pleine saison, ou alors de partir très tôt pour éviter l’afflux sur ce sentier très fréquenté - car, dans une moindre mesure que le GR20, le Sentier des Douaniers est un peu victime de son succès des dernières années. Il pratique lui-même ce parcours aux côtés de randonneurs venus des 4 coins d’Europe.

randonnée sur le littoral corse © Richard Banary
Cette randonnée offre un point de vue imprenable sur le littoral.
Centuri © Ithaque
Le petit port de pêche de Centuri dans le Cap Corse.

Centuri et son petit port de pêche. Ce village pittoresque, aux maisons et bateaux colorés, semble dormir les pieds dans l’eau. La tradition marine y est encore très ancrée. Tandis que quelques pêcheurs vendent encore leur prise du jour sur place, les restaurants proposent des cartes typiques, à base d’Aziminu (bouillabaisse corse), de salade de poulpe ou de langoustes. 

Descendre par la côte ouest, au fil des marines. En voiture, vous pourrez longer le paysage incroyable du littoral occidental du Cap, avec des arrêts dans l’une des innombrables marines : Scalu, Giottani, Albu ou Negru. 

Nonza et sa plage de sable noir. Ancien village fortifié, Nonza a joué un rôle important dans l'histoire de la Corse ; le village abrite notamment une tour génoise du 16ème siècle. Sa vue spectaculaire en font l’un des belvédères préférés des visiteurs. Du haut de ses falaises, on aperçoit l’horizon avec un coucher de soleil flamboyant, alors que plus bas, sa plage de galets noirs captive les photographes du monde entier. 

nonza © Wikipédia
Nonza et son église.

Patrimonio, village de vins réputés. La tradition viticole remonte ici à l’Antiquité. Et les conditions géologiques comme climatiques font de ce terroir l’un des plus renommés de toute l’Ile de Beauté. Tout amateur de bon vin se doit de passer par là, pour boire un verre en terrasse d’une cave locale ou s’offrir une visite-dégustation au sein d’une des grandes maisons du village.

Et nous voilà au terme de ce tour du Cap Corse. Et si je laissais le dernier mot à Jérémie ? 

Pour lui, l’enfant du pays qui aime marcher, le Cap Corse, c'est surtout une “montagne dans la mer. J'aime monter sur les crêtes. Elles ont cette particularité d'être très ventées, asylvatiques, parce que les arbres n’y poussent plus. Ça souffle bien depuis ces promontoires. Et là, qu'on soit sportif ou pas, ça fait toujours plaisir d'aller prendre l'air”.

Que diriez-vous de prendre l’air dans le Cap ?

Question bonus : combien de temps faut-il prévoir pour un tour du Cap Corse ?

Si vous envisagez d'explorer le Cap Corse en voiture, évidemment, cela dépendra du nombre de lieux que vous prévoyez de visiter et du temps que vous leur consacrerez. 

A minima, pour faire le tour complet du Cap Corse, comptez une journée entière. La distance totale est d'environ 130 kilomètres ; donc vous serez au volant pendant 5 et 6 heures. Mais soyez patient(e) et comme le recommande Jérémie, prenez dans l’idéal quelques jours pour apprécier pleinement cette belle région, explorer les villes, ses marines, ses sentiers de randonnées et ses plages.

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